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Masterclass Wayne Garvie (03.10.2018)

MASTERCLASS WAYNE GARVIE

La Masterclass s’est déroulée le 3 octobre 2018 de 17h à 19h, Auditorium du Reed MIDEM

Wayne Garvie supervise le réseau mondial de sociétés de production de Sony Pictures Television en dehors des États-Unis, couvrant l’Europe, l’Asie, l’Amérique latine et l’Australie. Il a auparavant travaillé comme directeur général de la production internationale pour All3MEDIA et directeur général du contenu et de la production pour BBC Worldwide notamment.

En partenariat avec le mipformatset le médiaClub.

Laurie Garaude (Reed MIDEM) et Philippe Chazal (la Fabrique des Formats) introduisent cette nouvelle Masterclass et saluent l’opportunité pour les participants d’accéder, grâce au témoignage de Wayne Garvie, à l’excellence professionnelle en matière de formats. 2 objectifs pour la Fabrique des Formats: aider au financement via le Fonds d’investissement et permettre aux entreprises de monter en gamme dans l’expertise et la connaissance des formats.

NW: Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler dans l’industrie des formats ?

WG: J’ai commencé dans le journalisme sportif à l’origine. Je ne savais pas dans quoi je me lançais mais je ne voulais pas d’une carrière universitaire classique.

NW: Qu’est-ce qui vous a fait passer du sport au divertissement ?

WG: Le monde du sport n’était pas très sexy, et était au contraire très sexiste. On me voyait toujours comme le “petit Wayne qui fait du journalisme sportif”. J’ai donc tenté de produire la suite d’un programme de divertissement mais c’était une catastrophe. Et je crois que c’est de l’échec que l’on apprend. On n’apprend pas vraiment du succès. Malgré l’échec, j’ai aimé diriger des équipes. Produire m’ennuyait, peut-être que je n’étais pas bon dans ce domaine. Puis, j’ai été chassé par la BBC qui cherchait quelqu’un pour s’occuper de la partie divertissement, qui était plutôt mal en point à l’époque. Avec l’aide d’une équipe nouvelle, on a connu le succès, notamment avec Strictly Come Dancing. Ce projet vendu aux Etats-Unis, on a créé la version populaire de l’émission : Dancing with the stars. Plus qu’un programme, c’est devenu une marque. Et c’est cela que l’on recherchait : créer des marques en s’inspirant du monde entier pour le monde entier. Ensuite, je suis parti travailler pour ALL3MEDIA, mais ça n’a pas été un choix judicieux selon moi. Après cette expérience, un ami américain, qui nous avait acheté le concept de Strictly Come Dancingm’a dit que je pourrais remettre un peu d’ordre dans la partie divertissement de Sony. L’aventure Sony a alors commencé.

NW: Vous êtes plutôt créatif ou plutôt business ?

WG: Pour moi, les deux sont indissociables. Mon job est de dénicher des gens talentueux pour créer et vendre.

Extrait des programmes de Sony

NW: Qu’est-ce que la Sony touchselon vous ?

WG: Le marché évolue très rapidement maintenant. Je ne crois pas qu’on puisse parler de catalogue de programmes car tout change très vite. Et cela ne me gêne pas que l’on propose des programmes très différents. Au contraire, grâce à cette diversité, tout le monde s’y retrouve. On développe une idée parce que l’on y croit et que l’on croit à son développement. Quand on a lancé Dancing with the stars, personne n’y croyait et pourtant…

NW: Pensez-vous que l’on soit dans l’ère du factual entertainment?

WG: Oui, et dans les prochains 18 mois particulièrement. Je pense que ce sont les programmes de flux qui vont particulièrement marcher, qu’ils soient originaux ou non d’ailleurs. Apple veut des programmes familiaux et “sains”, Netflix veut du sensationnel. Aujourd’hui, il y a Amazon aussi, et bien d’autres plateformes demain. On a soudainement toutes ces plateformes et ces nombreuses opportunités qui ne nous ferment pas la porte. En France, les diffuseurs sont très conservateurs et restent sur la réserve longtemps avant de réaliser qu’un programme étranger fonctionne et qu’il mérite d’être adapté. Mais les opportunités sont tout aussi nombreuses en France, car cela reste un marché attractif pour les producteurs de contenus étrangers.

extrait de Who Wants To Be A Millionaire : 20th Anniversary

NW: Est-il possible faire évoluer un format tellement ancré comme Qui Veut Gagner des Millions ?

WG: Je pensais à l’incarnant du programme avant tout. Qui ai-je envie de voir à la télé dans cette émission ? Je ne serai pas surpris de voir cette émission réapparaître en France, mais il faut selon moi une personnalité que l’on aime détester, comme Sarkozy par exemple !

NW: Comment voyez-vous le territoire français et ses producteurs ?

WG: Quand on dirige des entreprises dans le monde, c’est fou de voir à quel point il existe des stéréotypes partout, et sur tout. Les français sont négatifs, c’est toujours “non, non, non”. Ils se trouvent beaucoup d’excuses. Mais j’aime cela. En tout cas je crois que vous devez davantage croire en vous. Nous les anglais, on est bon dans la vente de nos idées et de notre culture. Vos diffuseurs ne croient pas en vos capacités de création et vous ne profitez pas de votre culture. Ça n’est pas bon pour votre image.

NW: Considérez-vous encore la France comme étant un territoire stratégique ?

WG: Oui, la France et l’Allemagne sont des territoires clés. L’Espagne émergente aussi, dont personne ne parlait avant La Casa de Papel. Aujourd’hui l’Espagne présente de réelles opportunités.

NW: Votre équipe travaille-t-elle librement ou existe-t-il une tradition Sony à respecter ?

WG: Chez Sony, on ne réunit pas les gens pour parler d’idées. On est bon dans la vente de nos idées donc on se concentre dessus. De notre côté, on a un fonds d’investissement que l’on a du mal à dépenser alors que l’on ne souhaite qu’une chose : encourager la jeune création, tourner des pilotes…

NW: Quels genres de contrats internationaux signez-vous ?

WG: On signe des contrats de coproductions avec des diffuseurs principalement. Les derniers en date sont japonais par exemple. En fait, cela dépend du nombre d’idées que l’on a, mais rien n’est fixé. On est ouvert et on fait du cas par cas.

Extrait de Flinch, programme vendu à Netflix

NW: Comment est né ce projet ?

WG: Il y a quelques années, un teaser d’un programme appelé Can’t Touch Thisavait très bien fonctionné mais pas l’émission en tant que telle. Après avoir parlé avec une connaissance de Netflix, je me suis dit qu’il fallait le refaire, en mieux. Et puis si j’ai un conseil à donner, c’est de tourner, car tourner fait vendre ! Netlfix a adoré l’idée et a lancé la production. L’émission est tournée et sera diffusée en 2019 avec possiblement une seconde saison, et des versions internationales. Pourquoi pas en France d’ailleurs. D’ailleurs, il existe tellement de programmes de stock, que l’on va revenir aux programmes de flux, car il n’existe pas tant de bons auteurs et producteurs que cela. Les programmes de flux sont bien moins chers, et plus rapide à produire. Je pense qu’il va yavoir un basculement.

NW: Croyez-vous au scénario de l’idée lumineuse qui révolutionne le marché ?

WG: Je n’y crois pas vraiment, cela dépend de quoi on parle. L’époque où l’on lançait des produits sans trop savoir ce que l’on faisait n’existe plus. Aujourd’hui, les formats prennent plus de temps à émerger, on les analyse énormément avant de s’en faire une idée précise.

NW: Il est possible que les concepts créent des conflits. Etes-vous protecteurs de vos idées chez Sony ?

WG: On a été victime de personnes nous accusant de voler leurs idées ces dernières années. Donc oui, on fait attention et on est protecteur mais l’enjeu pour nous est surtout d’être toujours original, et inspiré par des choses nouvelles. Shakespeare s’inspirait bien des grecs pour écrire ses histoires… Mais si vous venez nous piquer Qui veut Gagner des Millions, je vais me défendre !

Question du public: Avez-vous une vision particulière et un département réservé à la réalité virtuelle chez Sony ?

WG: Le fonctionnement de Sony est très délimité. On travaille actuellement sur des idées en lien avec la réalité virtuelle, sur des jeux en direct. C’est encore risqué parce que ça n’est pas encore vraiment présent dans nos vies. Il nous faut encore 10 ans je pense pour que l’on puisse s’en faire une idée. J’ai toujours peur de la technologie.

Question du public :Prévoyez-vous de travailler avec des plateformes chinoises ?

WG: Oui, on a déjà produit en Chine et j’y retourne prochainement pour confirmer un co-développement. La Chine n’est pas un marché facile à cause de la censure notamment. La Corée du Sud et la Turquie sont des pays qui émergent dans le domaine de la production et de la diffusion.

Question du public :Quelle est votre regard sur les réseaux sociaux en général ? Les utilisez-vous pour faire de la promotion, de la diffusion ou les deux ?

WG: Si la question se pose, on produira des contenus destinés aux réseaux sociaux, mais pour l’instant ce business modelest selon moi encore incertain. On y trouve surtout des talents et c’est ce qu’il y a de plus intéressant mais ils n’ont pas besoin de nous. Les réseaux sociaux sont le futur, on est producteur donc on produira ce qu’il faut mais encore faut-il savoir qui va payer…

Question du public :Adoptez-vous la même position pour le Nigeria et l’Afrique en général ?

WG: Je vais prochainement au Nigeria pour parler d’une co-production. On travaille sur les premiers contenus africains que l’on espère vendre à de grandes plateformes SVoD.

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